carine lacroix en résidence d’écriture

Textes en l’air accueille en résidence d’écriture à Saint-Antoine-l’Abbaye l’auteure Carine Lacroix, du 7 au 16 février, du 12 au 21 mars et du 27 au 31 juillet.

carine lacroix, auteure accueillie en résidence d'écriture à Saint-Antoine-l'Abbaye en 2016 par Textes en l'air --- photo-drCarine Lacroix, après avoir été comédienne, se consacre aujourd’hui à l’écriture. Essentiellement du théâtre, publié à l’Avant-scène tels Burn baby burn, joué à la Comédie Française en 2010 (mise en scène Anne-Laure Liégeois), Prix des Journées d’auteurs de Lyon, Le Torticolis de la girafe, joué au Théâtre du Rond-Point en 2012 (mise en scène Justine Heynemann).
En 2011 grâce à la Résidence d’écrivains en Ile de France elle met en place des ateliers d’écriture dans un foyer de jeunes travailleurs. Action qu’elle continue en centres de détention. Par ailleurs elle écrit des fictions pour France Culture et France Inter. Elle a également été boursière du CNL en 2014 pour Crayons de couleuvres.
Dernières parutions, Une fille sans personne, à l’Avant-scène théâtre et Océanerosemarie, joué au Festival de correspondance de Grignan (dirigée par Murielle Magellan) en juillet 2013.

Le projet d’écriture

Comment trouver le printemps quand on est enfermé dans l’hiver ?

Si j’évoque les saisons c’est pour avoir remarqué que de façon presque systématique j’alterne les textes côté nord (drame, solitude) avec les textes côté sud (humour, légèreté) comme si la chaise de mon bureau et mon inspiration changeaient d’orientation malgré moi, comme si après avoir pleuré il fallait rire, mais pleurer de nouveau pour avoir ri, et comme je n’aime pas le systématisme j’ai décidé de mélanger cette fois-ci les saisons, pleurer et rire en même temps, écrire une histoire traversante ou carrément à l’ouest.
une histoire d’époque
Cette alternance de rires et de larmes est bien sûr plus influencée par la terre que par la lune. Par le monde d’aujourd’hui que par le vent des marées. Combien de fois a-t-on mal au cœur, mal aux yeux, mal au ventre face à ce qui se passe autour de nous, à côté de nous, combien de fois a-t-on envie de s’échapper du marasme, de la répétition anxiogène des actualités…
Récemment j’ai lu Apathy for the devil de Nick Kent qui relate son parcours de critique rock dans  les années 70. Son point de vue très sombre m’a ramené à notre époque. On pourrait même dire que tout est allé en empirant. Comme si les années 70 avaient été le moment où on avait encore le choix, où nourris par le vent de liberté des années 60 on aurait pu s’en saisir et préparer la société à ses transformations et à plus d’humanité au lieu de se laisser porter par le consumérisme et de se retrouver aujourd’hui face à un rouleau compresseur qui n’en finit pas d’avancer : enlisement de la précarité, appauvrissement des ressources, retour des religions, explosion des extrémismes…
Difficile d’être optimiste aujourd’hui quand on tient à rester lucide.
D’où ma question de départ : Comment trouver le printemps quand on est enfermé dans l’hiver ?
La piste envisagée pour répondre et qui me semble aujourd’hui à la fois la plus sûre et la plus volatile, la plus inconstante et la plus irrésistible serait la poésie. Elle permet les écarts, le concret, les reflets, de la cuisse et de la soie, des exclamations, des silences, de la contemplation, des surfaces, des profondeurs et la seule à mes yeux qui peut tordre le cou aux humeurs grises et aux saisons froides.
J’aimerais qu’elle s’incarne dans deux voix, deux voix séparées, enfermées chacune dans un hiver. Un homme et une femme qui n’ont plus vingt ans. Deux solitudes, deux angoissés. Pas de travail ou petits boulots pas gratifiants. Pas de proches. Pas de reconnaissance, ni sociale, ni affective. Des vies de rien où la résignation a pris le dessus. Le monde ne veut pas d’eux. Ça tombe bien, eux non plus. Ils ont tout pour se rencontrer, mais même ça ils le ratent. Du moins au début. Après ils se rencontrent et c’est le vertige. Ils dévissent.
Ce sera une pièce de théâtre ou un poème à deux têtes. Avec beaucoup de musique datée (entre les années 50 et 70, pas après).