résidences 2016

Depuis 2007, Textes en l’air accueille des auteurs et autrices en résidence sur le territoire autour d’un thème qui sert de fil rouge à la programmation du festival.

Jérémie Fabre

En résidence d’écriture à Saint-Antoine-l’Abbaye l’auteur Jérémie Fabre, du 14 au 22 mars, du 2 au 7 mai, du 25 mai au 3 juin, du 13 au 18 juin et du 25 au 31 juillet 2016.

jérémie fabre, auteur accueillie en résidence d'écriture à Saint-Antoine-l'Abbaye en 2016 par Textes en l'air --- photo-drÉcrivain et metteur en scène, directeur artistique de L’invention de Moi / Module Autonome de Production (structure installée en Basse- Normandie), Jérémie Fabre est également membre fondateur d’ACMÉ (Appuyés Contre un Mur qui s’Écroule), un club d’auteurs de théâtre créé à Saint-Antoine-l’Abbaye en 2014 (aux côtés d’Aurianne Abécassis, Marc-Antoine Cyr, Solenn Denis et Clémence Weill).
Depuis 2009, il travaille à l’écriture d’un corpus in progress : L’invention de Moi, composé d’une  trilogie théâtrale, de textes satellites, et de suppléments. Il répond aussi très régulièrement à des commandes. Il écrit notamment Octopus, un triptyque, pour la Cie du Ballon vert (Amélie Clément).

Le projet d’écriture

Les six premiers mois de la révolution
(titre provisoire / L’invention de moi, supplément n°3)

J’aimerai écrire une saga, quasiment un drame symboliste à la Maeterlink – ou peut-être les destinées d’une famille dans le contexte d’une révolution imaginaire. La solitude, mon père en fuite dans son camion, l’enterrement d’un chien, la mort de la grand mère, le départ du fils, l’appel de Dieu, l’incompréhension, la possibilité d’une secte, l’irruption du désir, la mort en embuscade.
On pourrait y trouver des personnages en proie aux dérèglements surnaturels et politiques d’une civilisation à bout de souffle. J’y distillerais à doses progressives les prémices d’une situation insurrectionnelle,  puis les personnages eux-mêmes seraient rattrapés par les événements et la nécessité de se positionner. La Révolution, dans ses différentes formes, libérerait alors leurs multiples aspirations, souvent contradictoires. Chacun serait sommé d’inventer sa propre réponse, d’assumer une position (politique, poétique, philosophique), de faire des choix – parfois de se compromettre.
(Peut-être on y verrait : un Serbe qui monte une boîte de conseil en mouvements révolutionnaires, une femme qui pousse une poussette sous la pluie, une autre qui photographie sa propre disparition. On y rencontrerait d’étranges problèmes avec le cadastre : certains bâtiments sont introuvables, d’autres apparaissent sans explication. Un homme allergique aux piqures de guêpes qui fait le tour de l’Europe en camion. Un autre consacre une pièce de sa maison à la seule écoute perpétuelle du même morceau de musique. On pourrait y entendre : « Quand je serai dictateur, les becs de cafetière, ça va changer. Les types qui ont inventé ça devront verser en continu du café dans des tasses, et à chaque goutte renversée, une année de prison. »)

Carine Lacroix

En résidence d’écriture à Saint-Antoine-l’Abbaye l’auteure Carine Lacroix, du 7 au 16 février, du 12 au 21 mars et du 27 au 31 juillet 2016.

carine lacroix, auteure accueillie en résidence d'écriture à Saint-Antoine-l'Abbaye en 2016 par Textes en l'air --- photo-drCarine Lacroix, après avoir été comédienne, se consacre aujourd’hui à l’écriture. Essentiellement du théâtre, publié à l’Avant-scène tels Burn baby burn, joué à la Comédie Française en 2010 (mise en scène Anne-Laure Liégeois), Prix des Journées d’auteurs de Lyon, Le Torticolis de la girafe, joué au Théâtre du Rond-Point en 2012 (mise en scène Justine Heynemann).
En 2011 grâce à la Résidence d’écrivains en Ile de France elle met en place des ateliers d’écriture dans un foyer de jeunes travailleurs. Action qu’elle continue en centres de détention. Par ailleurs elle écrit des fictions pour France Culture et France Inter. Elle a également été boursière du CNL en 2014 pour Crayons de couleuvres.
Dernières parutions, Une fille sans personne, à l’Avant-scène théâtre et Océanerosemarie, joué au Festival de correspondance de Grignan (dirigée par Murielle Magellan) en juillet 2013.

Le projet d’écriture

Comment trouver le printemps quand on est enfermé dans l’hiver ?

Si j’évoque les saisons c’est pour avoir remarqué que de façon presque systématique j’alterne les textes côté nord (drame, solitude) avec les textes côté sud (humour, légèreté) comme si la chaise de mon bureau et mon inspiration changeaient d’orientation malgré moi, comme si après avoir pleuré il fallait rire, mais pleurer de nouveau pour avoir ri, et comme je n’aime pas le systématisme j’ai décidé de mélanger cette fois-ci les saisons, pleurer et rire en même temps, écrire une histoire traversante ou carrément à l’ouest.

une histoire d’époque

Cette alternance de rires et de larmes est bien sûr plus influencée par la terre que par la lune. Par le monde d’aujourd’hui que par le vent des marées. Combien de fois a-t-on mal au cœur, mal aux yeux, mal au ventre face à ce qui se passe autour de nous, à côté de nous, combien de fois a-t-on envie de s’échapper du marasme, de la répétition anxiogène des actualités…

Récemment j’ai lu Apathy for the devil de Nick Kent qui relate son parcours de critique rock dans  les années 70. Son point de vue très sombre m’a ramené à notre époque. On pourrait même dire que tout est allé en empirant. Comme si les années 70 avaient été le moment où on avait encore le choix, où nourris par le vent de liberté des années 60 on aurait pu s’en saisir et préparer la société à ses transformations et à plus d’humanité au lieu de se laisser porter par le consumérisme et de se retrouver aujourd’hui face à un rouleau compresseur qui n’en finit pas d’avancer : enlisement de la précarité, appauvrissement des ressources, retour des religions, explosion des extrémismes…
Difficile d’être optimiste aujourd’hui quand on tient à rester lucide.

D’où ma question de départ : Comment trouver le printemps quand on est enfermé dans l’hiver ?

La piste envisagée pour répondre et qui me semble aujourd’hui à la fois la plus sûre et la plus volatile, la plus inconstante et la plus irrésistible serait la poésie. Elle permet les écarts, le concret, les reflets, de la cuisse et de la soie, des exclamations, des silences, de la contemplation, des surfaces, des profondeurs et la seule à mes yeux qui peut tordre le cou aux humeurs grises et aux saisons froides.

J’aimerais qu’elle s’incarne dans deux voix, deux voix séparées, enfermées chacune dans un hiver. Un homme et une femme qui n’ont plus vingt ans. Deux solitudes, deux angoissés. Pas de travail ou petits boulots pas gratifiants. Pas de proches. Pas de reconnaissance, ni sociale, ni affective. Des vies de rien où la résignation a pris le dessus. Le monde ne veut pas d’eux. Ça tombe bien, eux non plus. Ils ont tout pour se rencontrer, mais même ça ils le ratent. Du moins au début. Après ils se rencontrent et c’est le vertige. Ils dévissent.

Ce sera une pièce de théâtre ou un poème à deux têtes. Avec beaucoup de musique datée (entre les années 50 et 70, pas après).

Blandine Costaz

 

En résidence d’écriture à Saint-Antoine-l’Abbaye l’auteure Blandine Costaz, du 10 au 17 décembre 2015, du 29 février au 19 mars et du 18 au 29 juillet 2016.

blandine costaz, auteure accueillie en résidence d'écriture à Saint-Antoine-l'Abbaye en 2016 par Textes en l'air --- photo-dr Blandine Costaz a joué sur des scènes allemandes, suisses, italiennes et françaises. En Allemagne, elle a travaillé aussi bien dans le théâtre off – Sophiensaele, Tacheles – qu’au Deutsches Theater. Elle collabore régulièrement avec des metteurs en scène basés en Suisse (Mathieu Bertholet, Marc Liebens, Denis Maillefer, Gabriel Alvarez et bien d’autres). C’est l’opéra-cabaret Mack is coming back qui lui permet de jouer et de chanter pour la première fois avec le compositeur italien Bruno de Franceschi, ainsi que de faire ses premiers pas sur les scènes de Parme et de Turin (Teatro Due, Teatro Stabile). En tant qu’auteur, sa première pièce, Veilleuse (revenez demain), a été créée en Suisse en 2012 par la compagnie Mladha. Le texte est réédité en 2016 aux éditions Les Cygnes sous le titre Revenez demain. En France, la première lecture publique a lieu au théâtre du Rond-Point au mois de juin 2013 sous la direction de Jacques Osinski. En janvier 2016, elle est mise en scène par Laurent Fréchuret à l’Espace des arts de Chalon-sur-Saône puis est jouée au théâtre du Rond Point.

Le projet d’écriture

le dieu-dictionnaire

Les affrontements et la nostalgie de ce qui a disparu. Des territoires en train d’être construits tandis que d’autres sont défendus alors qu’ils n’existent plus. Ce que des personnages cherchent : le maintien de l’ordre établi, la démolition de ce qui est factice, l’envie de ne plus y croire et de parfois tout de même y croire encore un peu parce que sinon, il reste quoi si on appuie sur la touche tabula rasa.

Des gens pas forcément toujours sympathiques, pas toujours forcément défendables mais avec une nostalgie d’un monde autre, rêvé, passé, fini. D’un ailleurs.

Comment vivre ensemble ? Comment défendre autre chose que son seul territoire ? Qu’il soit physique, familial ou simplement idéologique. Comment défaire la chaîne des idéologies s’opposant les unes aux autres ? Comment sortir de cette pensée du Ici, c’est chez moi, tu n’y as pas ta place parce que c’est chez moi ? Comment faire ça ? Pourquoi dire Tu as raison plutôt que C’est la vérité.

Toutes ces questions seront expérimentées par des personnages de diverses natures : une pyromane, un communautariste, un homme du monde, une noble déclassée héritière en devenir, un sauveur volontaire adorateur de musées et peut-être même par d’autres. Les territoriaux et les déterritorriaux se mêleront, s’affronteront tout en faisant semblant de ne pas le faire (sinon, ce serait trop simple).

L’arme principale sera le langage. Fuite, esquive, corps à corps, chausses-trapes, tout est permis. Il n’est pas exclu que des allumettes s’invitent à un moment ou un autre de la pièce.

Reste une question : est-ce qu’il y aura du sentiment ? Ça n’est pas exclu.