les résidences 2017

Depuis 2007, Textes en l’air accueille des auteurs et autrices en résidence sur le territoire autour d’un thème qui sert de fil rouge à la programmation du festival.

Suzie Bastien

Suzie Bastien est l’auteure d’une dizaine de pièces de théâtre, jouées en France, en Italie, en Belgique, au Canada. Traduites en anglais et en italien, ses histoires mêlent le fait divers et le conte de fées avec des personnages englués dans le réel mais assoiffés de magie. Sa première pièce, Le désir de Gobi (LUX Éditeur, 2003) créée à Montréal en 2000 au Théatre de Quat’sous, est ensuite présentée à Québec, Ottawa et Sherbrooke en 2004. LukaLila (Èditions Comp’act, 2002) est créé à Rome en 2005, puis produit en France (Arras, La Rochelle, Paris) par plusieurs jeunes troupes.

Lauréate des Journées de Lyon des auteurs de théâtre en 2002, la pièce reçoit également le prix SACD de la dramaturgie francophone en 2004. L’effet Médée, produite en 2005 à Québec, est la pièce lauréate de l’événement HotInk en 2012, est lue à New-York puis jouée en anglais à Montréal en octobre 2012.

Ses courtes pièces L’effritement 1 et 2 (Les éditions de la Gare 2007) ont été créées à Paris aux Petites comédies de l’eau. Elle est également l’auteure de L’enfant revenant (coup de cœur du Tarmac de la Villette lu en 2008, coup de cœur du Théâtre de la Tête noire de Saran lu en 2010), créé à Bruxelles en 2011, et de Ceux qui l’ont connu, créé à la scène à Montréal en juin 2012. Quatre fois Gauvreau imagine quatre rencontres dans la vie du poète et dramaturge Claude Gauvreau. La même année, sa plus récente pièce Épicentre est lue à l’événement du CEAD Dramaturgies en dialogue. Elle enseigne l’écriture dramatique à l’École Nationale de Théatre du Canada depuis 2011.

projet d’écriture

coexister

Stella et Baku ont 16 ans. Baku est un hikikomori ; enfermé chez lui quelque part au Japon, il ne sort plus du tout de sa chambre, ne communique qu’à l’aide de son ordinateur. Stella vit à Montréal, est en plein désordre alimentaire, alterne les crises de jeûne et d’avidité. Ils se sont trouvés au hasard d’une conversation sur internet, sur un site dédié à leur groupe de musique préféré, qu’ils croient connaître et aimer mieux que personne, qui les aide à vivre. Ils se reconnaissent dans leur désarroi, quoique leurs manière d’envisager le monde soit différentes et contradictoires. Enfermement physique volontaire, refus de se commettre et d’affronter les autres, mais recherche de contacts internet constant pour Baku. Désir d’entrer en collision avec les autres même si c’est douloureux, désir d’être la plus forte en apparence, pertes totales de contrôle lorsqu’elle est seule pour Stella.

Parfois nous sommes chez-elle, parfois nous sommes chez-lui, l’autre alors se trouve sur l’écran. Peu à peu, ces deux « retranchés » se dévoilent.

Les deux personnages s’écrivent par le biais d’un forum de discussion, se parlent par Skype ou Facetime, s’envoient des images, des clips, des infos… par Facebook. Il me semble inévitable d’inclure des écrans sur scène, le public doit avoir accès aux échanges des personnages, hors texte. Je souhaite développer une matière textuelle, sonore, visuelle, en complément du texte.

Le groupe de musique est The XX, ce peut être autre chose, mais du même genre; je souhaite une musique pop minimaliste, tenues noires et romantiques, voix de garçon et de fille mélancoliques. Éventuellement, j’aimerais bien écrire des chansons qui seraient mises en musiques et chantées en clips. Pour l’instant, les balades tristes et simples de The XX s’intègrent bien dans l’univers de Stella et de Baku.

En résidence à Saint Antoine du 1er mai au 31 juillet, elle a animé des ateliers d’écriture dans les médiathèques et d’autres lieux du territoire. Elle a participé à des tables rondes pendant la festival Regards Croisés (Grenoble) et à La Halle de Pont en Royans dans le cadre de la biennale de Nord en Sud.

Carine Lacroix

projet d’écriture

Avant de partir

L’histoire d’un départ, d’une interruption. Une mère parle à sa fille pour ne pas la laisser les mains vides. Elle cherche des mots non périssables, des mots qui pourraient passer à travers le temps.

Comment retrouver le printemps quand on est enfermé dans l’hiver et que cet hiver semble définitif ?

La route, tu vois, c’est l’image qui est venue quand ils m’ont appris la nouvelle. Quand ils ont cogné ma tête d’un coup cinglant sans bouger, juste les bouches qui articulent, bouches expérimentées qui détaillent les résultats du scanner et les conséquences. Mille cristaux de glace ont giclé de mon crâne me gelant toute entière, impossible de réagir, ni d’avaler, ni de hurler, ni de questionner. Je brûle en fait, je transpire, mille couteaux de feu dans la gorge, un goût de métal au palais. Je dois être blanche, verte ou bleue. On me tend de l’eau. Je ne la saisis pas. On se penche vers moi, on me parle, je n’entends rien. Mon corps bloque. Il me protège de la chute. Là sous la peau, il cherche une combinaison possible, calcule les réserves, pousse les curseurs, tire les fils, secoue les tissus, appuie sur les communicateurs, comme on a toujours fait lui et moi, allez hop. Tout s’inverse et se précipite. Rien ne répond, rien ne sort.

Elle était avec nous en 2016 et a eu envie de poursuivre son voyage… Elle a accompagné en 2017 la création de son texte Burn, Baby burn (l’Odyssée Eybens 38, le 19 janvier) qui a été présentée au Diapason (Saint Marcellin) le 25 janvier 2017. Elle a co-animé un stage sur les écritures dramatiques contemporaines avec le comédien Victor Mazzilli au lycée la Saulaie de Saint Marcellin du 18 au 20 janvier 2017.

 

Marie Potonet, Claire Barrabès & Marion Bluteau

projet d’écriture

looking for laodamie

Looking for Laodamie est un projet à six mains ou, pour être plus juste, à huit mains, 6 mains d’aujourd’hui et deux d’autrefois.

C’est le dialogue de trois créatrices bien vivantes avec leur « grand-mère » idéale, créatrice d’hier longtemps restée dans les marges de l’histoire liBéraire et ne demandant qu’à renaître de ses cendres : Catherine Bernard, autrice de Laodamie, première tragédie écrite par une femme jouée à la Comedie Française en 1689… C’est une forme encore en recherche née d’une résidence soutenue par la SACD à la chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon-CNES et au Festival Terres de paroles, une forme innovante qui s’interroge sur notre rapport à la lecture et à l’écriture tout comme sur le statut de la création. Elle questionne la fabrique du théâtre d’aujourd’hui.

Qu’est-ce qu’être comédienne ? Qu’est-ce qu’être metteuse en scène ? Peut-on faire du théâtre sans acteur ? Comment la lecture nourrit-elle l’écriture ? Comment se crée une œuvre ?

J’ai envie d’y croire. J’ai envie d’y croire justement parce qu’il y a eu les attentats, justement parce qu’on ne peut plus faire semblant de ne pas voir ce qui ne va pas. On n’en peut plus de voir ces gens qui meurent devant nous, ces murs qu’on érige en Europe pour les empêcher de passer. On n’en peut plus d’impuissance. On n’en peut plus de voir les puissants de ce monde qui gouvernent comme des machines, qui croient contrôler une machine, des pays qui seraient devenus comme des machines, comme s’il suffisait d’appuyer sur un bouton, d’ajouter un peu plus ici, d’enlever beaucoup là pour que la machine redémarre, la machine-économie alors que des humains vivent sous leurs pieds. Ils ne voient pas que des humains vivent sous leurs pieds. Mais là les humains s’agitent. Et peut-être, il va se passer quelque chose.
[…]On a parlé parce que ce truc d’être des femmes nous reliait et parce que toutes les deux on était désemparées face à ce qui se passait. Donc quelque chose se passe peut-être.

Et donc, forcément on se dit, je me dis, c’est dérisoire d’être ici à travailler sur Laodamie, cette obscure pièce de l’obscure Catherine Bernard. Qu’est-ce qu’on en a à foutre d’une tragédie du XVIIe siècle alors que le monde bouge ? Et je pense moi ça me rassure, ces mots, c’est comme un rempart qui me protège. C’est important les mots.

C’est quoi changer le monde ?

Marie Potonet, Looking for Laodamie, avril 2016