résidences 2018

Depuis 2007, Textes en l’air accueille des auteurs et autrices en résidence sur le territoire autour d’un thème qui sert de fil rouge à la programmation du festival.

Cette année, ce sont 2 binômes d’auteurs/autrices qui viendront écrire en terres antonines…

Barbara Mestais-Chastanier & Marie Lamachère

Née en 1984, Barbara Métais-Chastanier est autrice, dramaturge. Artiste en résidence au Centquatre (2010-2012) puis à Main d’œuvre (2016-2017), elle travaille régulièrement avec la Commune à Aubervilliers, la Scène Nationale d’Albi et le théâtre Jules Julien à Toulouse. Entre 2014 et 2015, elle a collaboré avec Gwenaël Morin dans le cadre du Théâtre Permanent au Point du Jour à Lyon, comme rédactrice en chef du journal (165 numéros) et comme collaboratrice artistique (Les Molière de Vitez, Nanterre les Amandiers, CDN de Tour, Théâtre Sorano, etc.). Depuis 2012, elle écrit des pièces mises en scène par Keti Irubetagoyena (Embrassez les tous, festival impatience en 2012, Il n’y a pas de certitude, Théâtre de la Commune en 2016, La Femme® n’existe pas, CDN de Poitiers en 2018). En 2012, elle a également collaboré avec Noëlle Renaude à une écriture à quatre mains autour de l’accident paru aux éditions Théâtrales en janvier 2016. Plus récemment, avec Olivier-Coulon-Jablonka – qui en signe la mise en scène – et Camille Plagnet, elle a créé 81 avenue Victor-Hugo, présenté cette saison dans le cadre du Festival d’automne. Elle tire de cette expérience le récit Chroniques des invisibles (Le Passager clandestin) qui paraîtra en mai. Depuis une dizaine d’années, elle intervient régulièrement dans le cadre de masters class, d’ateliers d’écriture et de dramaturgie appliquée, au sein des universités, comme dans les écoles d’art ou les conservatoires.

Née en 1974, Marie Lamachère est metteuse en scène et dramaturge et directrice artistique des // Interstices, compagnie de théâtre basée à Montpellier. Elle est artiste associée au Forum du Blanc-Mesnil (2014-) puis aux Scènes Croisées de Lozère (2015-2016-2017), et au Théâtre du Beauvaisis (de 2016 à 2019). Elle fait partie de l’Ensemble Artistique du Centre Dramatique National de Montpellier (2018 – 2019 – 2020).
Diplômée des Universités Paris X – Nanterre et Paul Valéry Montpellier III (DESS Dramaturgie et Mise en scène, et Maîtrise de Lettres Modernes), elle s’est intéressée aux passerelles entre la danse et le théâtre. Elle a poursuivi ses recherches sur le jeu d’acteur en suivant des stages, avec notamment Jerzy Klesyk, Mark Tompkins, Alain Buffard, Ko Murobushi, Carlotta Ikeda, MM. Umewaka (Nô)…
Elle dirige souvent stages et ateliers de jeu et dramaturgie en direction de professionnels, d’amateurs, d’étudiants, ou d’acteurs et danseurs en formation au Conservatoire de Montpellier, de Blois, au CCN de Rillieux-la-Pape… Elle intervient aussi parfois dans les collèges et lycées de la Région Languedoc- Roussillon, et sur les lieux où elle est artiste associée.

Marie Lamachère et Barbara Métais-Chastanier seront à Saint Antoine l’Abbaye deux semaines en juin 2018 et une semaine en juillet pour le festival.

projet d’écriture

nous qui habitons vos ruines

Création 2017 – compagnie//interstices

Comment vivre une vie juste dans un monde injuste ?  C’est la question à laquelle essaient de répondre les trois personnages de la pièce Antoine, Vincent et Alouna, chacun à sa manière. Nous qui habitons vos ruines nous embarque dans un road trip qui prend la forme d’une enquête. La pièce interroge le désir de transformation sous la forme d’une fable et nous permet d’en saisir toutes les dimensions : théoriques et politiques certes, mais aussi désirantes, délirantes et oniriques.

La metteuse en scène Marie Lamachère et la compagnie//Interstices travaillent de pièce en pièce l’articulation en art et politique. Aiguillonnée par les idées de Charles Fourier, elle aborde aujourd’hui la question dans une perspective utopique. Ce dernier a conceptualisé au 19ème siècle la notion de phalanstère : modèle de communautés  régies  par les lois de l’attraction passionnée. Femmes, hommes, enfants y vivent et œuvrent en libres associations selon leurs passions. Fourier ambitionnait de révolutionner la vie de part en part : son œuvre est drôle, imaginative, fantasque. Sa pensée fait écho aux questions contemporaines liées à la décroissance, aux nouveaux modes d’agriculture, d’éducation ou d’habitat.

Accompagnée par la dramaturge et autrice Barbara Métais-Chastanier, la compagnie mène depuis 2016 son enquête dans différents territoires sur la façon dont les rêves de Charles Fourier inspirent aujourd’hui des expériences originales menées sur les sentiers des utopies, tentatives de vie en communauté et expériences de vie réinventée. L’enquête nourrit le travail d’écriture de l’auteur.

Fourier était un citadin, qui a rêvé d’implanter des « phalanstères » dans un milieu plutôt rural. Et, souvent, l’utopie rêve de l’Eden. Elle a plus souvent l’apparence bucolique d’un jardin que celui d’une mégalopole. Les tentatives pour dessiner des mondes nouveaux ont cherché, par un « retour à la terre », à s’assurer aussi une forme d’autonomie économique, par une maitrise de l’agriculture.

D’un autre côté, de grands projets architecturaux et urbanistiques ont aussi tenté, à l’échelle des grandes villes, de proposer des utopies – des lieux  « bons » à habiter.
Une double entrée (utopie rurale/utopie urbaine) a donc été choisie pour traiter de la question des utopies, donnant lieu à l’écriture et  à la création d’un diptyque théâtral.
Le premier volet Nous qui habitons vos ruines, consacré aux utopies rurales, est créé en novembre 2017 au Scènes Croisées de Lozère. Cette première collaboration entre l’autrice et la compagnie a bénéficié du compagnonnage compagnie-auteur de la DGCA.
La collaboration se poursuivra 2018 et 2019, sur des territoires majoritairement urbains en vue de l’écriture et de la création du second volet.

La résidence à Saint Antoine l’Abbaye sera l’occasion d’un travail à la table entre l’autrice et la metteuse en scène afin de faire le point à mi parcours de la création du diptyque et afin de poser les enjeux dramaturgiques et les grandes lignes de la deuxième collaboration sur les utopies urbaines.

 

Caroline Stella & Damien Dutrait

Artiste associée au collectif ADM, Caroline Stella participe aux diverses créations, détournements artistiques de la compagnie.

Également comédienne là où les rencontres avec des textes et des équipes la portent.
Son appétit pour les écritures contemporaines est un moteur dans sa démarche artistique. De façon aussi naturelle qu’inattendue, l’écriture prend de plus en plus de place.

Poussière(s) (Ed. Espace 34) et MEUTE/Une Légende, mes deux premiers textes, seront créés lors de la saison 17/18.

Comédien et metteur en scène, réalisateur et musicien, Damien Dutrait collabore et crée de nombreux projets tant sur scène qu’à l’écran. Joue et chante notamment pendant 8 ans avec le groupe La crevette d’acier.

Toujours l’écriture est au centre : chansons, poésie, scénarios et, enfin, théâtre.
C’est dans ce rapport à la langue qu’il trouve le mieux son chemin d’expression qui se concrétise en 2015 et 2016 avec le prix CNT (encouragements) et la publication de ses deux premières pièces Seul au monde, suivi de Dîner (Ed. Les Cygnes).

Caroline Stella et Damien Dutrait seront à Saint Antoine l’Abbaye en juin et juillet, puis de nouveau en novembre 2018.

projet d’écriture

…FEU…

Grischkør

Grischkør serait un nouvel auteur, ni Damien, ni Caroline, mais un monstre de nous deux. On nous a souvent pris à parti sur notre ressemblance physique, notre «jumellité», et ça nous a souvent fait rire. Nous en faisons aujourd’hui l’expérience artificielle et nous décidons de nous en amuser jusqu’au bout. Ni Igor, ni Grichka, mais Grischkør, un collectif à deux.

La pièce

…Feu… une pièce chorale, un puzzle théâtral.
Les vies, les morts, les renaissances plus ou moins possibles, les mémoires entremêlées des occupants d’un immeuble dévoré par les flammes.
Un vieillard et son fantôme de femme, un ingénieur stoppé net dans ses brillantes études, la fêlure d’un couple, des frères clandestins condamnés à fuir encore, une jeune fille tentant de se reconstruire à grands coups de meubles en kit, un gardien de phare cherchant la lumière…

Les intentions

Un immeuble de cinq étages. Deux appartements par étages. Plusieurs destins par paliers. Plusieurs pièces par appartement. Plusieurs pièces dans la pièce. Autant de voix que de voies à explorer.
Un immeuble dans une cité occidentale. A priori tout est calme et chacun est blotti dans le nid du foyer. Pas de guerre, pas de dictature pour nous déloger.

Immeuble qui réunit – aléatoire – des êtres dissemblables, aux parcours dissemblables.
Certains tissent des liens, amicaux ou de services. D’autres rasent les murs pour ne croiser personne. Des solitudes dans les pièces de ces appartements sur chaque étage de cet immeuble de cette grande ville occidentale.

Puis surgit la catastrophe.

L’incendie. Obligeant chacun à détaler de son trou de souris. Peut-être, ce jour-là, certaines âmes vont-elles se croiser pour la première fois…

L’immeuble, celui de FEU, est né après la lecture d’un fait divers dans un magazine. Des habitants d’un immeuble ancien mangé par un incendie, qui se racontaient sans pathos, un an après la cata. Petite cata de 0,5 sur l’échelle de Richter – pas de mort – mais cata tout de même. Blocages ou changements de cap, souvenirs flous ou visions fantasmées.
Aucun récit ne ressemblait à l’autre mais tous suscitaient une forte émotion. La lente et difficile reconstruction d’habitants d’un immeuble détruit par les flammes. La lente et difficile reconstruction de l’homme après un exil forcé par le destin. Un exil qui, ici, prend la forme d’un déplacement : être forcé de quitter sa propre vie, devoir en inventer une nouvelle.

L’événement traumatique, le feu, dans sa violence, permet la confrontation de ces êtres à leurs propres démons, voire parfois, à ceux des autres. Quel prix chacun accorde t-il à sa propre vie ? A celle des autres ? Nos réflexes nous révèlent-ils, ou sommes nous hors de nous ?

Comment faire pour se reconstruire après ce type d’incident, de traumatisme ?

Destin,fatalité, épreuve de vie. Le passé, le présent et l’avenir s’entremêlent de façon complexe. La mémoire se disloque et les valeurs de temps se tordent. La dramaturgie « en puzzle » nous autorise à voyager dans le temps et à observer les parcours des personnages sur trois périodes : avant, pendant et après l’incendie. Nous reste encore à déterminer l’intérêt d’une chronologie. Ou pas. L’intérêt de l’ellipse et des torsions de temps . Sûrement. Nous ne savons pas non plus s’il est important que tous les
personnages reviennent plusieurs fois. Il reste encore de nombreuses questions sans réponse. Même si nous semblons de plus en plus d’accord sur le fait qu’il ne s’agit pas de constituer « une histoire » avec un-début-un-milieu-une-fin, mais plutôt de retrouver la sensation qu’avait provoqué l’article au départ. Une multitude qui se racontent à t-1, t et t+1, comme nous le dicte notre instinct et notre sensibilité et non la logique narrative. Il serait parfait que deux lecteurs, ou deux spectateurs, ne reçoivent pas la même histoire, mais que chacun y puise émotions personnelles et perceptions propres.

S’il y a enquête sur les origines de l’incendie, elle déviera certainement sur une enquête plus identitaire, intime et peut-être même littéraire, comme l’a été celle du petit carnet rouge de la Trilogie new-yorkaise de Paul Auster. Ou encore artistique comme celle de La vie mode d’emploi de Georges Perec. Deux textes qui ont certainement beaucoup d’influence sur notre tentative.