résidences 2019

Depuis 2007, Textes en l’air accueille des auteurs et autrices en résidence sur le territoire autour d’un thème qui sert de fil rouge à la programmation du festival.

Cette année, ce sont 2 autrices qui viendront écrire en terres antonines, Claire Rengade et Sonia Ristic…

claire rengade

Auteure et interprète née en 1971, Claire Rengade est également comédienne et metteuse en scène. Après une Licence de théâtre (Lyon II)  elle est diplômée d’orthophonie à Lyon en 1994, fonde le théâtre Craie en 1996, et fait partie des premiers comédiens du Geiq compagnonnage à Lyon.

Lauréate des Journées de Lyon des Auteurs de théâtre (2003), Lauréate Du Côté des Ondes de la RTBF (Bruxelles, 2008), Prix du Public et Prix spécial du Jury au festival international Eurotopiques (Tourcoing, 2014), ses textes sont publiés aux éditions Espaces 34 et aux éditions Color Gang et traduits en allemand, catalan, néerlandais, portugais, anglais, espagnol.

Claire Rengade est sur scène avec ses propres textes, en solo ou accompagnée d’autres artistes. (Cheval des 3, Etienne Roche, Marx, Laura Tejeda, Slash/ Gordon, Yana Korb et Manu Jessua, Natyot et Magali Mougel, Philippe Pipon Garcia, François Rossé ou Alain Goudard).  Elle est comédienne dans des créations de Gwénaël Morin, Sylvie Mongin-Algan, Philippe Faure, Nicolas Ramond, Bernard Rozet, Dominique Lardenois… et dans ses propres créations.

Elle réalise une vingtaine de mises en scène entre 1996 et 2012 (théâtre musique cirque ) au sein du théâtre Craie, sur des textes de Witold Gombrowicz (Yvonne princesse de Bourgogne et Opérette), Philippe Minyana (Chambres), Patrick Kerman (the gréât desaster) Rodrigo Garcia (trois créations libres nommées Notes de cuisine acte 1, 2 3 (traduction et première création en France) William Pellier (La vie de marchandise, création de France) Annie Zadek (le cuisinier de Warburton), Nicolas Bouvier (Poisson scorpion), et ses propres textes à partir de 2001.

Ses textes sont chantés par Impérial Orphéon et le chœur de l’Opéra de Montpellier (Vox Populi, musique Etienne Roche, mai 2017) et régulièrement par les groupes Slash Gordon, Chaudière, Murène ou Cheval des trois. Ils ont été mis en scène par Arek Smiegel (Berlin), Isis Louviot (Lisieux) ou Julio Guerreiro, (Lyon), chorégraphiés par Dimitri Tsiapkinis (CCN de Tours) ,mis en ondes par Pascale Tison (RTBF ,Bruxelles), en documentaire par Seb Coupy (Lyon) en photos par Sergio Grazia (Paris), en opéra par François Rosse ( Bordeaux, juin 2016), et en album par Clotilde Rengade.

Claire Rengade est en résidence au Centre national des Ecritures du spectacle (La Chartreuse, Villeneuve lès Avignon, entre 2004 et 2016) , au Centre National des Etudes Spatiales (Paris , 2013) au Centre Européen de Recherche Nucléaire (Genève, 2011), au Thalia theater de Halle (2010), à L’institut International de la Marionnette de Charleville-Mézière, aux Rencontres Internationales de la Sala Beckett à Barcelone (2007).

le projet d’écriture

Familière

Une résidence sur la question du genre avec le festival Texte en l’air.

Je cherche un titre de résidence et me vient, puisqu’il est féminin, je pense à « animale ».

Puis comme je suis dans la « manière » et que ça sonne de même, je pense « animalière ». Et je l’aime cet adjectif, mais le dictionnaire me dit que c’est un nom :

-Peintre, sculpteur d’animaux.

-Personne chargée de l’élevage des animaux dans un laboratoire, un zoo.

Peindre, ça me va.

D’aller vers le Sapiens de ce pays là, de nous remettre dans le genre humain pour mieux aborder la question du genre.

Vous parlez des femmes de la voix des femmes des femmes qui ont le verbe haut Je crois bien que je suis une femme je n’ai jamais cessé de l’être et de penser avec ce corps là dans la zoologie quotidienne.

Instinctivement je veux dire quelque chose en moi dit femme.

Mon corps comme le tien parle en premier, avant les mots , avant la parole qui est geste avant d’être genre, j’écris.
Écrire c’est se plonger dans une sorte de contemplation aussi
C’est mettre des mots sur le spectacle du monde.
C’est agencer ce qui va dans la boîte à sentir. C’est obsessionnel dans cet instant de l’expérience.
C’est prendre conscience des phrases qu’on dit dans le mouvement.
Et ce qu’on dit sans faire exprès en imitant.
Je plonge avec mes propres seins dans un espace donné c’est cela le territoire.
Et j’apprends une langue un pays.
j’apprends des gens.
Je voudrais apprendre comme un enfant.
Avant de savoir qui est homme ou femme
Poser des questions simples.
Articuler tous les sons et n’en choisir aucun.
Je vais croiser des enfants de tous les âges et et on se posera des questions.
Je me laisserai porter dans les détails de l’ordinaire, on cherchera le précieux dedans.
Et mitonner une sauce naïve de notre début du monde d’avant la grammaire.
On verra bien si ça nous conjugue.
En écrivant je me pose rarement la question du sexe, toujours celle de l’humain.
Je cherche ce qui est dit entre nous mine de rien, ou les mots qu’on ne pense pas à dire dans nos espaces trop pressés. On va se donner du temps à articuler.
Et dans ma sculpture je rassemblerai une matière qui nous ressemble. On verra bien si elle crie.
Cette résidence sera « familière ». On entend « femme « dans un mot qui dure plus longtemps, et qui sonne d’une même espèce.

Claire Rengade sera à Saint Antoine du 21 au 26 janvier 2019 et co-animera un stage avec Victor Mazzilli auprès de 2 classes du lycée la Saulaie St Marcellin), et en juin et juillet .

 

sonia ristic

Je suis auteure de romans, nouvelles, chroniques, textes de théâtre et fictions radiophoniques, ainsi que metteure en scène de manière plus occasionnelle. Ex-Yougoslave, j’ai grandi entre Belgrade et différents pays francophones d’Afrique (Congo, Guinée, Gabon) et je vis et travaille à Paris depuis 1991.

Outre l’écriture et / ou la mise en scène, depuis vingt ans j’interviens en ateliers d’écriture, de pratique théâtrale, de philosophie, avec des publics variés. Aussi bien avec ce qu’on appelle les publics empêchés (milieu carcéral, camps de réfugiés, élèves des classes d’accueil ou en échec scolaire), que dans le cadre universitaire (j’enseigne régulièrement durant le semestre d’été au Middlebury College dans le Vermont), ou encore avec le tout public dans des médiathèques, théâtres ou au sein de groupes d’amateurs. J’ai l’occasion de mener ce type de projets en France et à l’étranger (Allemagne, Italie, les Territoires d’Outre-Mer, Etats-Unis, Liban, Afrique francophone, etc).

Durant les années 1990, au moment des conflits yougoslaves, j’ai collaboré avec des ONG importantes (France Libertés, FIDH, CCFD) autour des questions de Droits humains.

C’est à travers toutes ces différentes activités, ce parcours quelque peu baroque (ou plus prosaïquement « dans tous les sens »), que je trouve le fil conducteur, aussi bien dans mon écriture que plus largement, dans mon rapport au monde. C’est dans les aller-retours entre différentes formes littéraires, les explorations formelles, les textes de commande et ceux qui ne sont portés que par mon désir intime, mais aussi dans la confrontation constante avec le monde, ses réalités, ses langues, que je trouve un équilibre précaire, une façon de creuser ce que j’ai envie de raconter tout en restant ouverte à ce qui peut venir me bousculer, m’interroger, me faire dévier de la trajectoire initialement esquissée.

Dans mon écriture, tout en alternant différentes formes, je m’attache à creuser deux axes principaux: le rapport entre la mémoire et le langage d’une part et d’autre part, la manière dont l’intime et l’historique résonnent ensemble. Comment se souvient-on ? De quelle façon peut-on transcrire la nébuleuse du souvenir en récit ? Le désordre du vécu en narration construite ? Comment la petite histoire s’inscrit dans la grande Histoire ? De quelle manière l’intime et le collectif dialoguent ? Comment l’un éclaire l’autre ?

Tous mes textes ne font que toujours à nouveau poser ces mêmes questions d’identité et de parcours personnels pris dans la tourmente du monde. Mais comme je viens d’une école qui s’ancre avant tout dans la fable, dans la construction du personnage, dans le désir de narration, de récit, dans mes romans et mes pièces, il s’agit surtout de l’histoire des corps. Mes personnages, même s’ils portent chacun une pensée, développent une réflexion, sont avant tout des corps pris dans les réalités politiques, historiques, personnelles. Ils ne sont que très rarement des voix, ils sont presque toujours extrêmement incarnés.

le projet d’écriture

Sans doute en rapport avec mon parcours de vie, j’ai beaucoup écrit autour de la guerre, de l’exil, des questions de migrations et de déplacements, aussi bien physiques que de déplacements du regard. Parallèlement avec ce contexte plus large, l’exploration des archétypes et des parcours féminins a très tôt trouvé une place importante dans mes textes. Ainsi, dans Sniper Avenue, ce sont les trois sœurs qui portent l’histoire de cette famille bosnienne oeuvrant à préserver la joie durant les années du siège de Sarajevo.

Dans L’histoire de la princesse, variation à partir de la Belle au bois dormant, la question de la possibilité de choix, de l’autonomie du personnage, est centrale. Ces mêmes interrogations se poursuivent dans L’enfance dans un seau percé où La Fille lutte pour exister entre Le Frère et Le Père, dans Holiday Inn où les personnages de Kate et de Anna nous promènent dans les dédales des guerres civiles libanaises et bosniennes, ou dans Le goût salé des pêches où l’amitié entre Luiza et Tereza est le fil conducteur de cette saga familiale s’étalant sur une soixantaine d’années.

Les axes du texte sur lequel j’aimerais travailler durant ma résidence à Saint-Antoine l’Abbaye sont à ce stade encore assez vagues, mais ils se préciseront durant les mois à venir.

Je pense qu’il s’agira d’une ronde qui mettra en scène une série de personnages féminins sur une durée assez longue, un siècle probablement, une histoire d’héritage à travers un objet (un livre, un bijou, un objet du quotidien…) qui passera de main en main – de la femme A à la femme B, de la femme B à la femme C, et ainsi de suite – qui me permettrait de creuser les questions de transmission, de legs symboliques dont les femmes héritent des générations précédentes. Les personnages pourront être de tous les âges, d’origines et de parcours de vie très différents, servir d’appui pour explorer les places que les différentes sociétés, les différents moments historiques ont assigné au féminin, pour s’interroger sur les façons dont les femmes ont aussi réussi à se défaire de ces assignations, à s’en échapper.

Une fable-cadre, probablement liée à l’objet en question permettrait de faire le lien, une sorte d’enquête ou de parcours initiatique plus grand qui nous emmènerait dans le sillages de ces jeunes filles, de ces mères, de ces combattantes, de ces amoureuses, de ces sorcières, de ces femmes de pouvoir, pour proposer des points de vue aussi variés que possible.

Sonia Ristic sera à Saint Antoine pour un premier séjour au printemps, en partenariat avec « Regards croisés », festival organisé par le 3e Bureau (Grenoble) puis en juillet et en octobre.